breathing under water...

... living under glass

(un journal online)

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dimanche 18 novembre 2001

Un dimanche à l'église...

Je nageais dans mes draps en cette fin d'après midi. J'étais vide. La satanée scolopendre m'avait perforée de toutes parts, elle avait injecté son venin gorgé de vacuité au creux de mes veines bleues. Le néant blanc avait insidieusement rampé jusque moi, il avait su se glisser sous l'armure, pénétrer les pores, infiltrer le Corps. Le néant gazeux avait violement dilaté à l'Intérieur, il avait diffusé dans les moindres replis du moi, repoussant la lumière, asphyxiant les couleurs. vide, livide. Je n'étais plus désormais qu'une enveloppe de chair dépourvue d'épaisseur, et je sentais l'étouffante pression du vide absolu se cogner en dedans des fines parois du moi. ça résonnait métallique. une sorte de métal blanc un peu mou. Le poison avait fini d'agir, le moi était totalement anesthésié et toute espèce de vie, toute forme d'énergie avait été annihilée. Je baignais dans un silence assourdissant. délivré de la pesanteur. je flottais et je flottais entre les heures... inorganique. amorphe.

...

Et puis, -personne ne saurait dire d'où cela est parti- il y eu comme une étincelle dans ce nuage de particules vides en suspension dans le Temps et dans l'Air.

Juste une étincelle…

Et soudainement il s'en est suivi une déflagration intense et tout s'est enflammé avec une incroyable violence. L'enthousiasme salvateur venait d'atomiser le néant. Je venais soudain de... Comprendre.

Ce monde est absurde. On nous enseigne des règles, on nous cloître dans la morale, et lorsque cela ne suffit pas, on nous invente une espèce d'instance supérieure qui nous promet une vie meilleure si l'on est sage dans celle-ci. Et on ne nous donne pas le choix, car on grandit avec cela, on se construit avec tous ces repères de façon à ce que l'on ne puisse plus jamais, jamais s'en défaire. C'est une pure domestication de la bête Humaine. Dans ses premières années, on apprend à l'Homme les bonnes manières, puis s'il est 'chanceux' on le place dans des établissements où on ne va pas cesser de lui enseigner ses ancêtres, les règles, les modèles et la logique, enfin -encore une fois s'il est 'chanceux'- il se verra offrir un travail et avec encore un peu de chance il aura été correctement conditionné pour y trouver sa vocation. Et pendant plus de la moitié de son espérance de vie, l'Homme va travailler pour pouvoir manger et dormir, l'Homme va manger et dormir pour pouvoir travailler. Puis s'il lui reste quelque argent, lorsqu'il ne sera plus productif, l'Homme sera cloisonné dans une de ces maisons pour Humains-inutiles-en-passe-de-mourir. Puis ce sera la Fin.

Ce monde est absurde parce que tout est mis en oeuvre pour que nous focalisions sur des valeurs qui nous ont été imposées, alors que les valeurs plus Humaines sont mises de côté. Et pour peu qu'on lui laisse le loisir de penser -oui, c'est dangereux de penser, alors on fait en sorte de l'occuper, l'Homme, de lui donner un travail, des responsabilités et des soucis-, la pensée de l'Homme est endiguée. C'est un engrenage infernal dont personne ne peut vraiment sortir sans se faire affaiblir à l'eXtrême, jusqu'à en mourir d'eXclusion. Il s'agit là vraiment de lui assurer sa survie en échange de son aliénation. Et Personne, personne ne peut échapper à cela, ni vous, ni Elle, ni moi.

Ce monde est absurde parce que même en ayant conscience de cela, je reste prisonnier. parce que j'ai été construit selon toutes ces valeurs contre lesquelles je me révolte aujourd'hui. parce qu'il est illusoire de pouvoir se défaire de tous ces fallacieux repères. Parce que si je décidais de remonter le courant, je ferais du sur-place, et je finirais comme tous les autres, croqué par le Temps. On ne cesse de nous enseigner la logique et ce monde est absurde…

La plupart des Humains ne pensent pas à cela, tout du moins pas de manière consciente. Cela déchire, cela fait mal, et surtout cela est vain. Alors le cerveau humain qui est eXtrêmement bien conçu refoule cela dans les profondeurs du Ça. J'espère ne jamais m'endormir, ne jamais oublier cela. Je suis condamné à être écorché à vif par ce duel qui fait rage dans les profondeurs de mon être. Mais c'est un moindre mal. vraiment. parce que je pense que c'est dans ce défi que s'exprime l'eXaltation de la Vie.

Mon père par exemple se complait à vivre dans son décor de carton. Il obéit très docilement aux règles, il s'épuise dans son travail, à gagner de l'argent pour avoir l'illusion d'être libre et peut-être heureux. Même s'il sait parfois que tout cela est dénué de sens, il n'a pas la moindre envie d'y réfléchir. Il est juste bien. il se complait dans son eXistence. Oui, mais papa ton eXistence est plate. La quasi-totalité du Temps, tu laisses le monde et les règles et la morale décider pour toi, alors que tu pourrais être libre d'être un peu plus toi-même, de te mettre à la barre de ton propre naVire et de t'accomplir. Quelques fois, j'ai juste l'impression que tu n'es que l'ombre de toi-même, que tu passes à côté de ta Vie, et que tu finiras par mourir d'épuisement dans un travail auquel toi-même tu ne crois même pas. Tu ne devrais savoir cela que trop bien. Ton père est mort de çà. (…)

Ophélia tombe dans l'eXtrême inverse.
(et moi je tombe de sommeil. Encore une fois, je vais me jouer des règles du journal. Je continuerai le portrait d'Ophélia demain…)

(19-11-2001 : Plus besoin de peindre Ophélia, puisqu'elle est là. je lui rends les clés. a quelquepart... - je disparais)

Pardon pour ce délire eXistentiel.
C'était juste moi aujourd'hui.


N.


Ah ! que la Vie est quotidienne...
Et, du plus vrai qu'on se souvienne,
Comme on fut piètre et sans génie...
Jules Laforgue, Les Complaintes, Complainte sur certains ennuis

Notre existence quotidienne est un mauvais feuilleton par lequel
nous nous laissons envoûter.
Michel Butor, Répertoire, II




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