l'immédiate
journal d'O.

 

 

Paris. la nuit. l'orage. tard dans les néons du monoprix, la femme abîmée par la rue et qui compte une à une les pièces dans sa main rosacée, la caissière aux yeux fixes dont les lèvres seules bougent en silence comme pour réciter un mantra, indéfiniment. je regarde l'indécence de mes cheveux très brillants dans le miroir du hall, M dit que finalement on se verra un autre moment, je laisse les larmes couler puisque rien d'autre ne vient. la nuit vibre, c'est un métro brûlant qui passe et je pense au garçon qui me parlait si doucement, qui m'entourait entière, c'était il y a une semaine et une éternité. peut être j'ai rêvé, peut être j'ai trop exigé encore de ton allure de bête fauve : il m'a semblé pourtant que la rencontre dans l'amour et la peau si profonde était une sorte de pacte secret, une alliance immédiate du côté de la vie, quelque chose qui dirait : qu'importe la suite, nous avançons ensemble. j'ai rêvé, certainement, puisque la seule alliance souvent c'est le silence, le départ, ou l'oubli, avec le sentiment sans saveur d'être, avant toute chose, une image de passage. la nuit, toujours, et toi que j'aime tant, toi comme si rarement, toi à la corde du désir, est-ce que tu vas vraiment me laisser passer comme de rien ?

avant - après
index - journal
ego - archives -

© 1999-2007

samedi 30 septembre 2006